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mardi 15 juin 2021

Cachez cette jambe que je ne saurais voir !

Il fait chaud, non ? Il fait même très chaud et pourtant, les adolescentes continuent d'aller au collège et au lycée en pantalon, par 30°. Ben ouais. Les adolescents, eux, y vont en short. Normal. Comment c'est possible ? Tout simple : les règlements intérieurs des établissements scolaires stipulent généralement que les tenues vestimentaires doivent être "décentes". Concept bien flou car, si tu cherches dans le dictionnaire la définition de cet adjectif, tu trouves : "acceptable". Mais acceptable par qui ? Qui définit la décence ou l'acceptabilité d'une tenue dans un établissement scolaire ? Qui est le garant de la décence ?

Dans le doute, les filles ne portent pas de short. Parce que les shorts des filles n'ont pas la même allure que les shorts des garçons. Les shorts des filles ne descendent pas plus bas que le haut des cuisses. Les shorts des garçons sont en fait des bermudas. La mode est ainsi faite. Les filles ne portent jamais de bermuda, ça n'existe pas.


La mode étant ce qu'elle est, le nombre d'interprétations possibles du mot décence étant ce qu'il est, les filles de France vont au collège ou au lycée en pantalon par 30°. Les médecins vous accueillent en short dans les centres de vaccination, les commerçants sont en shorts, tout le monde vit en short, mais les adolescentes, elles, gardent le pantalon. Elles subissent de plein fouet cette injonction affligeante de la société à la pudeur. Cela parce que les hommes de ce pays ne sont pas fichus de ne pas les voir comme des objets sexuels.

Certaines, ça et là, tentent le coup et vont à l'école en short. Elles ont raison. Elles savent qu'elles s'exposent à des remarques, que certains enseignants/surveillants pourraient être tentés de les renvoyer chez elles se rhabiller. Elles se sentent légitimes à faire fi des injonctions, légitimes à montrer leurs jambes. Elles assument. Elles ont mille fois raison.


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jeudi 17 septembre 2020

Un lundi 14 septembre pour en finir avec la culture du viol

Reprenons. Depuis toujours, les filles et les femmes subissent le regard des hommes. Depuis toujours, on attend d'elles, selon les circonstances, qu'elles ravissent leur entourage masculin, qu'elles soient soignées, coquettes, désirables. A l'école, elles ne doivent pas attirer les garçons. Ces dernières années, les histoires de rappels à l'ordre des jeunes filles dans les établissements scolaires se sont multipliées. Les surveillants ou les enseignants demandent régulièrement aux filles de se couvrir, de cacher leur décolleté, de ne pas dévoiler leurs genoux et désormais, la mode aidant, de couvrir leur nombril. 

Il existe, il est vrai, un énorme hiatus entre l'âge de ces jeunes filles et ce que leur propose l'industrie de la mode. Il est évident que lorsque, comme cette année, les crop top ont envahi toutes les boutiques de vêtements, les jeunes filles en portent. Il est évident que lorsque la mode est au mini-short, les jeunes filles en portent. L'industrie de la mode est outrageusement responsable de la situation, de même que de la sexualisation de ces jeunes filles.

#lundi14septembre

Cela étant, outre la responsabilité des marques de vêtements, celle des enseignants et celle des parents est évidente. Professeurs, parents et personnels administratifs des établissements scolaires doivent cesser de considérer que les garçons ne sauraient pas contrôler leurs pulsions, seraient nécessairement excités à la vue de ces jeunes filles, plus en mesure de se concentrer. Il s'agit, pour reprendre la féministe Rebecca Amsellem, de lutter contre la culture du viol, qui consiste à "responsabiliser les filles pour ce qu'elles portent et à déresponsabiliser les garçons pour ce qu'ils font". Pourquoi les filles seraient-elles responsables de l'attitude des garçons ? C'est ce que les jeunes filles qui ont lancé la mobilisation de ce lundi 14 septembre ont voulu dénoncer. "Ce n'est pas normal qu'on vive dans une société où une paire de cuisses d'une jeune fille de 14 ans soit considérée comme un attribut sexuel", fustige encore Rebecca Amsellem.

De fait, jamais il n'est reproché à des garçons de porter un short ou une chemise trop ouverte. Les filles seraient donc plus en mesure que les garçons de contrôler leurs pulsions sexuelles ? Éduquons les garçons, apprenons-leur à respecter le corps des femmes. Nos filles y gagneront, mais nos fils aussi. N'en déplaise à Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale selon qui "il suffit de s'habiller normalement"...

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mardi 3 juillet 2018

Le short, ce vêtement qui fait couler de l'encre

Ce fut un combat de plusieurs années. Depuis longtemps, les chauffeurs des bus de la RATP réclamaient la possibilité de travailler en short. Enfin, la direction leur a accordé cette possibilité, à la condition que la température extérieure soit supérieure à 28°, tout de même. Cette affaire, pour anecdotique qu'elle puisse paraître, en dit long sur la façon de considérer l'apparence physique. Jusque-là, les chauffeurs masculins de la RATP n'avaient pas le droit de montrer leurs poils et le pantalon, de rigueur, affichait une volonté pour l'entreprise de veiller à son image. Les femmes conduisant les bus de la RATP, elles, avaient le droit de montrer leurs jambes et des jupes et des robes figuraient au catalogue des uniformes possibles dans la compagnie. C'était le cas à la RATP comme dans d'autres entreprises de transport.

L'été dernier, pour exprimer leur contestation face à cette réalité - les femmes ont le droit de porter des jupes et donc ont moins chaud que les hommes contraints au port du pantalon - , les chauffeurs d'une compagnie de transport en commun de la ville de Nantes ont eu l'idée symbolique et hyper efficace de venir travailler... en jupe. Une initiative qui a marqué les esprits et semble-t-il pesé dans la balance du côté de la RATP qui exprime très clairement cela dans sa communication vis-à-vis des medias aujourd'hui : on ne voulait pas risquer que les chauffeurs de la RATP agissent comme ceux de Nantes. Tant pis pour les poils, on préfère des chauffeurs en bermudas plutôt qu'en jupe...



A nouveau donc, les diktats de la mode ou en tout cas de la représentation que l'on se fait du genre humain s'imposent.

Autre histoire vestimentaire du moment : au Liban, le maire de la ville de Broummana a fait sensation en recrutant pour l'été des policières municipales au physique. Des jeunes femmes ravissantes ont été engagées pour la saison touristique. Supposées surveiller la circulation dans la ville, elles vont surtout oeuvrer pour l'attractivité touristique de Broummana. Jeunes, cheveux longs détachés, superbes, elles sont vêtues de minishorts qui défraient la chronique.



Est-il besoin de préciser que les policiers de la ville sont eux, vêtus de pantalons, casquettes et gilets fluos ? Si les policiers étaient vêtus de façon comparable à ces jeunes femmes, personne n'y aurait vu malice. Mais là, le maire de la ville cherche très clairement à appâter le chaland. Et le revendique. Dans une interview à France 24, il a ainsi expliqué : "Broummana est la première destination estivale au Liban. Cette année nous avons créé près de 2 000 emplois, nous avons ouvert une centaine de restaurants et bars. Cette dernière mesure est l’ultime pierre à l’édifice. Elle va permettre de refléter l’ouverture d’esprit du peuple libanais".

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lundi 24 juin 2019

15.000 témoignages de violence en 7 ans

C'est l'été. Cette période tant attendue de l'année, avec son lot d'ambiance festive, de barbecues, de festivals, de plages... et de tenues légères. Cette saison où la drague bat son plein, et le harcèlement aussi. A mesure que la chaleur s'installe, les jupes raccourcissent et les manches disparaissent. Pour autant, non, ce n'est pas une invite aux gestes et propos déplacés, que l'on ne se méprenne pas.
Ce week-end, Anaïs Bourdet, qui avait créé il y a 7 ans un recueil en ligne de témoignages de harcèlement et de violences faites aux femmes, "Paye ta shnek" a annoncé qu'elle arrêtait. A titre personnel, elle craque : en 7 ans, ce sont plus de 15.000 témoignages de femmes qu'elle a recueillis. En se portant à l'écoute de toutes ces femmes, elle a été dépositaire de trop de violence, de trop d'histoires. "Je n’arrive plus à lire vos témoignages et à les digérer", écrit-elle. 

Et, à ce ras-le-bol personnel, s'ajoute une analyse plus que pertinente. Elle constate : "après balance ton porc, metoo, et toutes les prises de parole, il faut passer à l’étape suivante. Témoigner ne suffit plus : rien n’a changé, les hommes sont toujours aussi violents. Oui, les hommes. J’ai bien dit les hommes. Toujours trop nombreux à nous traumatiser, toujours pas assez nombreux à nous aider pour que ça pèse dans la balance". C'est vrai, au fond : à quoi bon continuer de dénoncer si ça ne suffit pas à faire bouger les lignes ? Si c'est pour ajouter des chiffres aux chiffres, des témoignages aux témoignages, à quoi bon ?
Quelle doit être, cela étant dit, l'étape suivante ? Quelles réponses donner aux femmes qui seront encore agressées cet été un peu partout, dans des bars, des concerts ? Que fait-on pour les protéger ? Quand les hommes cesseront-ils de se comporter en prédateurs ?

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jeudi 1 juillet 2021

Au collège, les filles en ont marre de subir des remarques

 "Sale pute". Clémentine a 15 ans. Cette journée de mai 2021, elle se rend au collège avec une jupe aux genoux, un collant léger, et un top un peu décolleté dans le dos. Ce "sale pute" est sorti de la bouche d'un garçon de 12 ans, dans les couloirs du collège. C'était une insulte gratuite. Clémentine n'en revient pas : "c'est un jeune ado, il me dit ça, comme ça, alors que ma tenue n'avait rien d'indécent". Ce jour-là, Clémentine n'a pas reçu d'autres remarques, ni de la part d'élèves, ni de la part de surveillants ou d'enseignants. Mais elle assure que ça arrive fréquemment, que pas mal de filles de l'établissement subissent des critiques de surveillants, du style : "tu vas où habillée comme ça ?", "tu envisages quoi comme métier avec ce genre de tenues?"


Dans cet établissement francilien, les filles en ont marre de subir des remarques à tout bout de champ. Elles disent être vigilantes à ce qu'elles portent. Et, la rumeur ajoutant à l'autocensure, elles s'imaginent qu'elles auront droit à des retenues si elles osent venir au short en cours. Elles assurent que c'est arrivé à certaines filles dans le collège. Faux, rétorque le CPE de l'établissement qui veut bien qu'on lui cite un seul cas de retenue pour tenue estimée indécente. Il ne nie pas faire des remarques lorsqu'il estime que cela s'impose, il fait des rappels au règlement qui demande de la décence, tout en se défendant de sexisme. Quand la mode était aux caleçons qui dépassent des jeans, il se souvient avoir du rappeler à l'ordre un bon nombre de garçons. La semaine écoulée, assure-t-il, il a du rappeler à deux garçons que l'on ne vient pas au collège en claquettes de plage et que l'on ne porte pas non plus de débardeur hyper échancré sous les aisselles, même quand on est un garçon. Alors non, qu'on ne l'accuse pas de n'en avoir qu'après les filles.

Cela étant, il considère que ce ne serait pas du luxe que de réfléchir collectivement à ce que l'on entend par décence, qu'il serait bon de définir les critères d'un code vestimentaire en accord avec ce que l'on peut attendre dans les couloirs d'un établissement scolaire. Ce travail sera mis à l'ordre du jour dès la rentrée de septembre, pour que les règles soient plus claires, que filles et garçons sachent mieux à quoi s'en tenir et que ce sujet cesse d'en être un. Les filles prennent acte, et tel saint Thomas, attendent de voir les résultats de ce travail avant d'y croire.

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lundi 17 décembre 2018

Sexiste ou pas sexiste ?

Reprenons la base : qu'est-ce que le sexisme ? Selon le Larousse, il se définit ainsi : "attitude discriminatoire fondée sur le sexe". 
Est-ce que qui que ce soit a déjà considéré qu'une publicité pour les caleçons Calvin Klein par exemple, était sexiste en ceci que l'on donnait à voir un fessier masculin ? Vraisemblablement non. Pas plus que cela ne perturbe qui que ce soit que l'on voit des chats dans des pub pour de la nourriture pour chats. Pourquoi donc s'offusquerait-on de voir des corps de femmes dans des publicités pour des sous-vêtements féminins ?



Ce mois-ci, Les Galeries Lafayette à Paris ont été malmenées pour avoir placardé une affiche pour la marque Aubade donnant à voir un postérieur féminin. Mais les critiques n'ont pas été de dire : "cette affiche est gigantesque. On pourrait éviter d'en faire autant, cela peut heurter certaines sensibilités", etc. Non. L'affiche a été dénoncée parce qu'elle serait "sexiste". Aurait-on souhaité que la culotte montrée sur l'affiche soit portée par un homme ou par un chat ?



Il y a beaucoup à dire sur cette affiche, comme d'ailleurs de façon générale, sur les publicités pour les sous-vêtements féminins, de même que pour les sous-vêtements masculins. La jeune femme ici montrée est bien trop mince : on suppose facilement qu'elle a été retouchée et/ou qu'elle a des soucis relationnels avec la nourriture. On peut donc s'offusquer qu'une fois encore, on fait porter ces sous-vêtements à des femmes dont les mensurations ne sont pas représentatives de la population féminine. De même, on peut reprocher à cette affiche le fait que, comme toujours, il s'agit à coup sûr d'une jeune femme quand l'essentiel de la clientèle de la marque Aubade n'est vraisemblablement pas si jeune - étant donné la gamme de prix de leurs produits. On peut également souligner qu'elle est blanche - où sont les publicités pour sous-vêtements avec des femmes noires, asiatiques,... Bref, cette campagne de publicité peut être attaquée parce que discriminatoire. Mais ce n'est pas une discrimination fondée sur le sexe. Cette affiche n'est pas sexiste.

Que l'on s'insurge sur la taille de l'affiche, pourquoi pas. A ceci près que si l'affiche est une publicité pour un parfum de luxe ou autre, personne n'y trouvera rien à redire... Que cela dérange qu'un visuel si vaste représente un fessier féminin, c'est incontestable mais il est contre-productif d'attaquer cette campagne de publicité sur des critères fallacieux. On n'est pas ici dans le sexisme, on est juste dans le stéréotype et la caricature. Par ailleurs, Aubade n'en est pas vraiment à son coup d'essai. Cela fait belle lurette que leur méthode de communication est à l'avenant : leurs produits sont montrés portés par des jeunes femmes au corps bien trop irréprochable, les photos sont hyper esthétiques, les signatures dans le même esprit. Cette affiche placardée sur la façade des Galeries Lafayette n'est à cet égard en rien exceptionnelle. Enfin, notons que l'affiche était supposée, dès le début de cette campagne, être retirée de la façade le 11 décembre. C'était prévu. Ce fut fait. Il est donc mensonger de dire qu'elle a été enlevée sous la pression de la mairie de Paris.

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jeudi 6 septembre 2018

Quel est le problème avec le corps des femmes ?

Depuis quelques années, il se passe quelque chose autour de l'acceptation du corps des femmes, du regard que l'on porte sur elles et des droits que chaque femme a de disposer de son corps comme elle l'entend. Par-dessus tout, il y a cette idée-là : c'est aux femmes à décider de si elles veulent ou ne veulent pas montrer leur corps. Et comment elles veulent le montrer. Chacune ayant sa propre acceptation de son allure et sa propre volonté de montrer un peu, beaucoup ou pas du tout de parcelles de peau. Ainsi, dans un passé récent, on peut mettre en parallèle deux médiatisations symptomatiques : la joueuse de tennis Serena Williams et la mannequin Emily Ratajkowski. 

Bref retour en arrière : lors du dernier tournoi de Roland-Garros, la joueuse Serena Williams s'est présentée sur les courts en tenue intégrale noire, ce qui a vivement déplu aux dirigeants - masculins - de la fédération de tennis.

Serena Williams, photo AFP


Plus récemment, dans une interview à Paris Match, la mannequin Emily Ratajkowski déclare : "Je pense que l’idée selon laquelle le corps que l’on m’a donné correspond aux idéaux patriarcaux alors je devrais en avoir honte ou le cacher est ridicule". Elle ajoute : "Certains vieux messieurs haut placés ne comprennent toujours pas que ce n’est pas parce que vous avez vu le corps d’une femme que vous ne pouvez pas la prendre au sérieux". Bien dans son corps, elle pose pour des photos sexy sans auucune gêne.

Emily Ratajkowski
Cela rejoint un peu cette polémique qu'avait connue Emma Watson pour des photos sur lesquelles elle apparaissait presque seins nus. Des voix s'étaient élevées pour dénoncer la contradiction qu'il y aurait à se poser en féministe convaincue tout en posant topless.

Ce qui pose problème et ce que certains messieurs feignent de ne pas comprendre, ce n'est pourtant pas si compliqué : les femmes se dénudent si et seulement si elles le souhaitent. Ou bien elles adoptent un look vestimentaire "sexy" si et seulement si elles le souhaitent. Ce qui ne fait pas d'elles des filles faciles pour autant.

Ce qui pose problème, c'est quand ce sont les hommes qui s'arrogent le droit de disposer du corps des femmes ou de le montrer selon leurs désirs à eux. C'est contre cela que se battent les féministes. Il ne s'agit ni de pudibonderie, ni de puritanisme. Il s'agit simplement de rappeler, encore et encore, que le corps des femmes n'appartient qu'à elles-mêmes, qu'elles ne sont pas des objets entre les mains des hommes. Le corps des femmes n'est pas une possession masculine. Et c'est de cela qu'il s'agit dans ce petit sujet de la chaîne Arte :



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lundi 31 mai 2021

Ode à la liberté, ode aux libertés

L'avantage des grandes villes, c'est qu'on y croise toutes sortes de gens. J'ai toujours pensé que la tolérance naissait de notre propension à nous nourrir de ces rencontres-là : cosmopolitisme, origines sociales, bagages culturels et religions diverses, métissage des corps et des esprits. 

J'ai passé mon dimanche à Paris, où la vie reprend ses droits peu à peu, après cette année mise entre parenthèses. Il faisait un temps magnifique, les gens étaient heureux. Ça sentait bon le café des terrasses, la barbe à papa vendue aux enfants dans les coins touristiques. Et puis il y avait du monde - raisonnablement - dans les rues et les jardins publics. La température estivale aidant, tous les styles vestimentaires étaient représentés : du jean au short en passant par de très longues robes ou au contraire des jupes très très courtes dévoilant de longues jambes féminines. Et l'allégresse de constater que harcèlement de rue ou pas, violences sexistes ou pas, les femmes continuent de s'habiller comme elles l'entendent. Et n'hésitent pas, en jupe courte, à grimper sur un vélib' ou une trottinette, la jupe au vent. Bonheur ! Et tant pis pour les gros lourds qui ne maîtrisent pas leur braguette. La liberté de ces femmes-là est sans limites, n'en déplaise aux esprits étriqués du patriarcat. Certaines ont sorti les bikinis et se font bronzer aux pieds de la tour Eiffel. Leur corps, elles en font ce qu'elles veulent. Et si leur choix est de le montrer, elles assument.

Chéri Samba - "L'espoir fait vivre" *

Et puis, outre la liberté des corps, il y a aussi la liberté tout court. Dans les rues de la capitale, on entend parler dans toutes les langues du monde, on croise toutes les couleurs de peaux, toutes les allures, toutes les identités, toutes les passions. Dans le désordre et sans aucune exhaustivité, j'ai pu croiser un jeune homme arborant un tee-shirt où l'on lisait "apérophile", un autre jeune homme portant une kippa, une jeune femme vêtue d'un sari, un jeune homme avec un tote-bag aux couleurs du drapeau gay, des personnes vêtues aux couleurs de l'Afrique, une femme écoutant de la variété italienne à fort volume... Paris, comme toutes les grandes villes, est un festival de cosmopolitisme, festival d'expression des libertés, de créativité, d'identités. Il suffit de marcher dans ses rues pour comprendre que la mixité, le partage sont les clés de l'acceptation des différences, de la tolérance. Au fond, aussi naïf que cela puisse paraître, c'est peut-être là que réside la clé de l'égalité, quels que soient le sexe, le genre, la couleur de peau, la profession, le niveau d'études et de richesse. Regarder l'autre, le découvrir, le laisser vivre à sa guise, selon ses choix et ses croyances. Coexister sans souci de compétition, sans hiérarchie, sans jalousie, sans envie de posséder ou d'asservir. La liberté des corps et des esprits, la liberté des idées, la liberté de les exprimer ou de les taire...

* Chéri Samba est un artiste congolais dont certaines œuvres sont présentées dans le cadre de l'exposition "Ex Africa" du musée du quai Branly, prolongée jusqu'au 11 juillet 2021.

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mardi 21 mai 2019

Injonctions de la société : le culte du corps

Ça y est, on y vient. Dans un  mois, l'été commence. Les pubs commencent à  pleuvoir qui vous montrent comment réduire votre cellulite, qui vous donnent envie de ce superbe maillot de bain porté par une jeune femme de 45 kilos.
La saison des corps à moitié nus, étalés sur le sable chaud des plages, se profile et, dans son sillage, la perspective de la comparaison. Dans un monde dont le bon fonctionnement repose sur la séduction, sur l'attrait physique, la possibilité de voir son corps soumis à la comparaison avec d'autres corps inquiète. Pendant les saisons froides, les subterfuges sont nombreux pour camoufler ses formes considérées comme disgracieuses, on ruse avec les matières et les coupes des vêtements. Mais l'été ?

L'arrivée du soleil s'accompagne d'un phénomène de culpabilisation consternante des personnes aux corps imparfaits. On les regarde avec dédain, quand ce n'est pas carrément du dégoût. Et pour un peu, on leur reprocherait de nous faire subir la vision de leur corps. Mais d'où vient cette hallucination démonstration de mépris ? Qui dicte les règles en matière de canons de beauté ? 
Comment peut-on revendiquer l'égalité entre les femmes et les hommes et continuer à promouvoir les idéaux féminins tels qu'imposés par le patriarcat ? Qui a imposé au fil de l'histoire, ses diktats en matière de désirabilité des corps ? Lors des quelques dernières décennies, les femmes elles-mêmes ont emboîté le pas aux hommes, en se montrant autant voire plus exigeantes et critiques vis-à-vis de leurs congénères. Il fallait coûte que coûte répondre aux injonctions de la société, entreprendre des régimes, se rendre attirantes. A quel prix ? 



Ces diktats apparaissent d'autant plus révoltants aujourd'hui que l'on prône à longueur de journées et de journaux que la bienveillance et la tolérance sont de mise. La survie de l'humanité dépendrait de notre capacité à être dans l'acceptation de la différence. En ce cas, pourquoi continuer à dénigrer, à stigmatiser les personnes en surpoids, celles au look particulier, etc ? Que dire des insultes quotidiennes qui pleuvent par exemple sur Marlène Schiappa (ce n'est pas que je fasse une fixation sur la secrétaire d'Etat mais comme je suis ses paroles et ses mouvements quotidiennement, je ne peux que constater...) ? De manière croissante, à chacune de ses apparitions dans les médias, ses détracteurs tiennent des propos inadmissibles. Ils seraient tout à fait fondés à décortiquer ses propos, ses déclarations, ses projets, sur le fond, sur le plan des idées. Mais ce n'est pas ce qu'ils font : peu importe son propos, ils l'attaquent sur son physique. On la qualifie de "loukoum", on émet l'hypothèse que la cantine du ministère soit de bonne qualité, on lui conseille d'arrêter la charcuterie,... La bienveillance, la tolérance, l'acceptation de la différence, ce n'est pas encore pour demain.

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vendredi 21 septembre 2018

Injonctions de la société : la révolution du soutif à petits pas

Quelque chose m'échappe...
Depuis deux ou trois ans je dirais, un mouvement d'émancipation mammaire s'opère. Il n'est plus rare de tomber sur des témoignages de femmes qui balancent qu'elles en ont ras le bol de porter des soutiens-gorge, que ce truc a forcément été conçu par des hommes pour être aussi barbare... 
Les seins se libèrent. Adieu baleines et armatures blessantes. Vive le port du soutien-gorge libre et assumé, stop au conditionnement façon : "t'as des seins, tu portes un soutif. Point"
"Couvrez ce sein que je ne saurais voir". Tartuffe, ça remonte au XVIIè siècle, quand même...

Bref. A mesure que des femmes osent assumer leur volonté de se libérer du soutien-gorge, et/ou de ne le porter que quand ça les arrange, les marques de vêtements et sous-vêtements se reportent sur... les petites filles.

Le travail de l'illustratrice Lise Desportes est à retrouver ici : Lili aime le nougat


Si cela vous avait échappé, dès huit ans, un nombre croissant de petites filles portent des brassières. On n'en est pas aux armatures métalliques, certes. Mais alors qu'à cet âge-là, elles n'ont généralement pas débuté leur transformation physique, ces petits êtres sont happés par le marketing qui ne fait rien d'autre, finalement, que d'hypersexualiser ces enfants. Leur faire porter des brassières, c'est leur dire : tu es une femme. Le genre auquel tu appartiens t'impose de camoufler tes attributs. On ne leur fait pas porter ces brassières parce que c'est confortable ou vraiment utile à cet âge-là, on les leur fait porter pour cacher leurs seins à venir, parce qu'il ne faut pas tenter le diable. Et même si elles n'ont pas encore de seins, qu'importe. Elles doivent masquer ce que l'homme est incapable de ne pas regarder. A nouveau, l'homme n'étant pas en mesure semble-t-il de retenir ses pulsions, c'est au genre féminin qu'incombe la responsabilité du sujet.

Qui plus est, en "équipant" les petites filles de brassières, on les enferme dans un carcan délirant, on les assigne à nouveau, on les étiquette. On leur dit : "tes seins sont un objet de désir, tu dois les cacher". Elles ont huit ans, bordel.

Evidemment, les effets de groupe aidant, quand une ou deux petites filles portent des brassières, c'est toute la bande de copines qui veut en faire autant, qui en bave d'envie, parce que d'un coup, porter une brassière, c'est être grande. Et je veux bien parier qu'une petite fille qui aurait un début de nichons et ne porterait pas de brassière serait, elle, montrée du doigt, parce qu'échappant au conditionnement sociétal. Tout ça pour ensuite être abreuvés de discours convenus autour de la nécessité pour les enfants de se sentir bien dans leur corps. Comment le pourraient-ils, si au plus tôt de leur existence, on leur incombe des codes ainsi martelés ?

Je ne dis pas qu'aucune petite fille n'a besoin de brassière - certaines ont des pubertés précoces et porter des brassières les soulage. Mais elles sont heureusement l'exception, pas la règle. 

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vendredi 1 juin 2018

Tenues vestimentaires : les règles et l'usage

L'égalité entre les sexes passe aussi par la façon dont on s'arroge le droit de faire des remarques sur les tenues vestimentaires des uns / des unes et des autres. De faire des remarques ou de s'attendre à ce que son interlocuteur soit vêtu comme ceci et non comme cela. 

Si l'on attend d'un chef d'entreprise qu'il porte costume et cravate, les règles vestimentaires des hommes sont plutôt souples. A l'inverse, on attend toujours des femmes qu'elles soient appêtées et autant que faire se peut, à la mode. Les hommes s'étonnent toujours du nombre de vêtements de leur femme. A la fois, il est attendu des femmes qu'elles soient vêtues différemment chaque jour. Dans le monde de l'entreprise, ces messieurs portent le même costume plusieurs jours d'affilée sans que qui que ce soit ne fasse de remarques, alors que les femmes ont une tenue différente tous les jours.

En même temps, l'étendue des possibles en matière vestimentaire est plus large pour les femmes que pour les hommes. Il y a quelques années, dans l'organe de presse où je travaillais, un collègue s'était fait rappeler à l'ordre parce qu'il venait au bureau en bermuda et tongues. Il avait riposté que nous, les filles, pouvions venir en sandalettes ou tongues et jupe légère et que personne ne trouvait ça anormal. Il revendiquait donc le droit de montrer ses mollets et de faire respirer ses orteils. Pourquoi aurions-nous eu ce droit et pas lui ? Pourquoi était-il admis que les femmes montrent leurs jambes et leurs pieds ?

Mais, si jupes légères il y a, elles ne doivent pas être trop courtes non plus, pour ne pas importuner les garçons qui ne savent pas contrôler leurs pulsions et résister à la tentation, c'est bien connu. Donc plutôt que de les éduquer correctement, on explique aux filles que ce n'est pas bien de tenter le diable. Et on va jusqu'à interdire le port du short pour les filles, à l'école, par exemple.

Cependant ce qui est vrai en France ne l'est pas partout et l'on sent bien le poids de la culture, de l'éducation sur ce sujet. Au Royaume-Uni par exemple, les femmes ne se font pas plus agresser ou importuner  qu'ailleurs et pourtant, elles sont très fréquemment court vêtues. Les jeunes filles de la photo ci-dessous partent au lycée. Elles sont en uniforme, une règle qu'elles ont interprêtée à leur sauce, en retroussant manifestement à la taille la jupe de l'uniforme. Peu importe : ici, les garçons sont habitués et ne perdront pas leur faculté de concentration en classe sous prétexte qu'ils voient les cuisses de leur voisine de bureau. Dans ce pays, les filles ont la liberté de s'habiller comme elles le souhaitent, cela fait partie des moeurs et les règles du savoir-vivre ensemble font qu'elles ne se font pas embêter par les garçons pour autant.


Crédit photo : Sonia Gasbarian

Suggérez à trois lycéennes françaises de se rendre habillées ainsi en cours. Si elles osent le faire, il est évident qu'elles subiront toute la journée les assauts des autres élèves - garçons et filles - et se feront rappeler à l'ordre par les enseignants.

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mardi 14 septembre 2021

"Ce n'est pas lui qui va faire ou défaire ta carrière, c'est toi"

On nous dit aujourd'hui que nombre de jeunes travailleurs diplômés boudent le travail en entreprise tel qu'il est généralement proposé. Ces jeunes veulent un emploi qui ait du sens, ils se désintéressent de ce qu'on appelle les "bullshit jobs", ils ne veulent plus travailler pour travailler. Ils cherchent de la stimulation intellectuelle, ils cherchent une activité professionnelle qui leur corresponde vraiment. Ils sont en quête de sens. 

 

Ce faisant, ils font aussi un peu la fine bouche. Comme Anna qui me raconte qu'au printemps dernier, le CDD qu'elle occupait avait vocation à se transformer en CDI. Tout le monde imaginait qu'elle signerait ce CDI. Elle était investie, tout se passait bien. Mais Anna ne le sentait pas. "Le temps du CDD, j'ai fait le job comme on l'attendait de moi. J'avais besoin de bosser. Mais je ne me sentais pas d'accepter que cela se transforme en CDI. Je n'aurais pas tenu dans la durée. Ce que j'avais accepté pour quelques mois, je n'étais pas prête à le faire sur le long terme". Alors Anna quitte l'entreprise. Elle recommence à postuler à tout un tas d'annonces. Des domaines très différents l'intéressent. Elle passe plusieurs entretiens, arrive en short list pour la plupart d'entre eux. Mais en fin de course, quand les recruteurs opèrent leur choix sur sa candidature, c'est elle qui se rétracte. Je lui dis : "Tu as le choix, alors tu te paies le luxe de refuser". Elle répond : "Oui c'est exactement ça. Je ne veux pas travailler pour travailler. J'ai de l'expérience maintenant. Je sais ce que je vaux. Et je sais ce que je ne veux pas". Anna n'est pas prête à accepter le premier job venu. Elle s'estime en mesure de n'aller que vers les propositions qui répondent vraiment à ses attentes. Elle veut se sentir vraiment utile, elle souhaite apporter une véritable plus-value à l'entreprise et ne pas être simplement la nouvelle recrue qui fera bien l'affaire. Alors elle prend le temps. A force de passer des entretiens, elle apprend aussi à mieux affiner ses propres désirs, à ordonner ses priorités. Et puis dit-elle, "c'est assez grisant de se dire que c'est toi qui a la main sur ton avenir, et pas le recruteur en face de toi. Ce n'est pas lui qui va faire ou défaire ta carrière, c'est toi. C'est grisant et c'est stimulant".

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