"Aux bonheurs des dames" (en référence au roman d'Emile Zola, "Au bonheur des dames") vise à questionner les conditions de l'épanouissement des femmes dans la société d'aujourd'hui.
Durant ces cinquante dernières années, les droits des femmes, leur vie toute entière ont profondément changé. Ces bouleversements ne se font pas sans heurt...
Ce matin, je me suis rendue à une vente de destockage d'une célèbre marque de vêtements pour enfants. Une foule dense s'était amassée devant la porte du lieu, attendant avec impatience l'ouverture de la vente. L'ambiance était malgré tout sympa, pas de crêpage de chignon et autres noms d'oiseaux.
Tout le monde faisait ensuite sagement la queue devant l'unique caisse prévue, chaque personne s'adressant aux autres avec bonne humeur et bienveillance. Ma voisine dans la queue ayant un panier plus que rempli, nous fûmes plusieurs à plaisanter à son propos et elle-même riait de bon coeur. Elle avait accumulé une large collection d'articles pour ses deux filles et me dit : "c'est du grand n'importe quoi. On achète en sachant que l'on ne pourra pas retourner les vêtements si ça ne convient pas. Si ce que j'ai pris est trop grand pour mon aînée, je le rangerai dans un placard pour l'an prochain. Mais l'an prochain, j'aurais oublié de sortir ces vêtements donc c'est comme si j'achetais d'ores et déjà des vêtements pour ma seconde fille mais quand ça lui ira, la mode aura changé et elle ne voudra peut-être pas porter ça. Du coup, ce que je paie aujourd'hui restera neuf et je le revendrai à 1 euro pièce dans quelques années. Nous sommes ainsi faits. On anticipe en pensant bien faire, en ayant le sentiment d'économiser et au final, on oubliera ce que l'on a acheté. Vive la société de consommation".
Combien de temps et d'énergie dépense-t-on sur ce sujet-là ? Je ne sais pas vous mais en ce qui me concerne, deux à trois fois l'an, je fais le tri dans les armoires de mes moufflets, je donne, je récupère d'ailleurs, je bascule d'une armoire à l'autre. J'évalue les stocks et leur état. Bientôt, mes aînés partiront en colonie de vacances et je dois m'assurer qu'ils ont tous les vêtements figurant dans la liste fournie par l'organisme. Il va me falloir marquer à leur nom tous ces vêtements. Je vais sans doute y passer des heures.
Outre l'entretien du linge au quotidien, la simple gestion des stocks vestimentaires est une affaire bien chronophage...
Nous sommes en pleine période de célébrations. Dans quelques semaines, la France soufflera les vingt bougies de sa victoire lors de la coupe du monde de football de 1998. Mais pas que ! Il y a vingt ans, apparaissaient sur nos petits écrans les visages de Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte, les quatre copines de la série américaine Sex and the city. Elles étaient belles, argentées, libérées. Elles étaient très amies, se confiaient tout, parlaient amour et sexualité, faisaient du shopping. Elles étaient drôles, vivaient sans contraintes. Des filles bien dans leurs talons hauts, leurs décolletés plongeants et leurs jupes à froufrous - est-il besoin de souligner que le jupon en tulle de Carrie n'est toujours pas passé de mode, en témoigne la dernière publicité Dior avec Natalie Portman ?
Sex and the city donnait à voir des filles de leur époque, dynamiques, ambitieuses et volontaires, assumant leurs choix. Mais néanmoins à la recherche du prince charmant, 94 épisodes durant. Même topo trois ans plus tard avec Bridget Jones qui a un job sympa, vit à Londres, a une bande d'amis qui l'entourent beaucoup - pas uniquement des filles cette fois-ci -, a des relations amoureuses pas simples comme Carrie et ses copines. Citadine elle aussi, Bridget a cependant des difficultés que les personnages de Sex and the city n'ont pas : elle a des soucis d'acceptation de son corps et est souvent maladroite. Cela étant, Bridget, Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte renvoient l'image de jeunes femmes modernes, qui travaillent et soucieuses de leur avenir. Ces héroïnes s'adressaient aux jeunes femmes de la génération X, leur montrant la réussite des working girls - les filles de Sex and the city sont journaliste, avocate, attachée de presse et galériste - sans nécessairement d'appui masculin qui n'apparaissent finalement utiles que sous le prisme amoureux.
Quoi qu'il en soit, ces héroïnes-là ont pris vingt ans. Et nous aussi. Le personnage de fiction qui s'adresserait de nos jours aux femmes de la génération X - les quadras d'aujourd'hui donc - reste à inventer. Quid aussi des héroïnes des femmes de la génération Y ? Quelles sont-elles et qu'elles images donnent-elles de la femme d'aujourd'hui ?
L'heure est aux questionnements relatifs à l'éducation des enfants. Ce week-end, le sommet du G7 a été l'occasion de l'annonce d'un investissement de plus de 3 milliards de dollars pour donner l'accès à l'école aux petites filles vivant dans des pays en conflit. Il s'agit pour les grandes puissances de rappeler leur engagement en faveur de l'égalité entre les sexes, Emmanuel Macron annonçant d'ores et déjà que d'autres initiatives seront prises dans ce champ lors du sommet de l'an prochain qui se tiendra en France. De son côté, Justin Trudeau, le premier ministre canadien, en a profité pour affirmer que "lorsque les femmes et les filles ont des chances égales d'apprendre et de
réussir, elles aident à bâtir des économies qui fonctionnent pour tous".
Les bonnes intentions sont là. Encore faut-il les mettre en oeuvre et travailler collectivement à ce que, dans la vie quotidienne, dans les zones de conflit comme dans les pays occidentaux, l'égalité des chances entre les sexes prenne tout son sens et ce, dès le berceau. Tant qu'on dira à un petit garçon que les hommes ne pleurent pas et qu'on appelera "princesse" les petites filles, les clivages perdureront. C'est en tout cas l'intime conviction de Maxime Ruszniewski, co-fondateur de la Fondation des femmes selon qui il suffit d'observer ce qui se passe dans les cours de récréation pour comprendre que rien n'est gagné. "La majorité de l'espace est occupé par les garçons", affirmait-il il y a quelques jours, lors de l'émission de France inter, Le téléphone sonne (émission à (ré)écouter ici : Comment éduquer les garçons après #metoo ? ). De son point de vue, on continue d'être dans un mouvement où l'on ne pousse pas les filles à s'affirmer, à prendre leur place.
Selon la psychologue Edith Vallée, il suffit de se pencher sur l'histoire pour comprendre pourquoi on en est là des rapports entre les sexes. Pour elle, c'est de la responsabilité pleine et entière de la société, une société qui "contruit le féminin sur le corps (...) au service du désir des garçons", une société dont "les historiens écrivent l'histoire au masculin", occultant les femmes qui ont fait cette histoire. "Il faut que les filles aient des sources d'inspiration nouvelles", clame-t-elle. A la condition que l'on ne balaie pas d'un revers de la main ces modèles féminins. Ainsi Maxime Ruszniewski dénonce-t-il un media qui annonçait il y a quelques jours "les Bleus ne sont déjà plus à Roland-Garros, alors que Caroline Garcia jouait une heure après. Comment voulez-vous que les enfants puissent voir qu'il y a un éventail des possibles beaucoup plus important qu'ils ne le pensent si les référents, si la télévision, si les medias ne leurs montrent pas plus de sport féminin ?" On en revient toujours et encore au même sujet : l'importance des rôles-modèles.
Elles jurent comme un charretier, elles parlent de guerre, de clan, elles sont agressives, presque animales. Ce sont les joueuses du LMRCV (Lille Métropole Rugby Club Villeneuvois).
Dans une websérie diffusée sur France TV Slash , on découvre l'univers méconnu de ces femmes hors du commun. Quatre premiers épisodes ont été mis en ligne le 1er juin dernier et on en attend encore quelques autres. On y découvre Laura, Alex, Michelle et les autres qui évoquent leur vie quotidienne en tant que joueuses de rugby de haut niveau. Elles racontent la cohésion de leur équipe, l'esprit collectif qui les anime, la volonté qu'elles ont de gagner, ensemble, de donner le meilleur d'elles-mêmes. Elles se qualifient entre elles de "putain de nanas", expression qui donne son nom à la série.
Utile, cette série documentaire donne à voir la féminité sous un autre oeil. Elle propose l'image de nouveaux rôle-modèles pour les filles de France et d'ailleurs qui ont toujours ce sentiment que le rugby est un sport de garçon. Alex raconte : "Les filles qui viennent au rugby, ce n'est pas un hasard. Elles ont
envie de prouver quelque chose. Moi, j'ai envie de prouver qu'une fille a
le droit d'être courageuse, elle a le droit de tout faire comme un
garçon". D'ailleurs, c'est le parti pris de la série qui, dès sa bande annonce, donne la couleur : "une femme a le droit d'être forte, une femme a le droit d'être courageuse et une femme a le droit d'être combattive".
Passé ce message, on suit la préparation physique et mentale des joueuses et on se surprend à réaliser qu'un reportage sur leurs collègues masculins serait équivalent. Jusqu'à ce que les filles abordent la question de leur féminité. Si Laura observe que leurs corps sont "abîmés" par la pratique du rugby, les joueuses prennent garde à l'évolution de leurs pectoraux ou de leurs biceps. "On ne veut pas franchir certaines limites parce qu'on a envie de garder un corps de femme". Le rugby, disent-elles, n'est pas incompatible avec la féminité. On les voit donc se coiffer, se maquiller...
Une question se pose alors : dans quel reportage mettant en lumière des hommes pratiquant un sport de haut niveau est-il question de leur rapport à leurs corps ou de leur capacité de séduction ?
Elisabeth est ce que l'on appelle un parent isolé. Il y a quelques années, les hasards de la vie ont fait qu'elle s'est retrouvée enceinte sans l'avoir prévu. Ce n'était pas "prémédité", pas anticipé. Mais elle a fait le choix de garder ce bébé. Elisabeth était célibataire, aucune raison de penser qu'elle se "caserait" un jour, peu d'appétence pour cela. Mais ce bébé surprise l'a changée. Elle a compris qu'elle le désirait.
Oui mais voilà : parent isolé, ce n'est pas comment parent divorcé. Votre enfant est là 100% du temps. Toute la responsabilité de sa petite fille lui incombe. Les choix de vie, les choix éducatifs, tout repose sur les épaules d'Elisabeth qui n'avait pas mesuré l'ampleur de la tâche. Tâche à laquelle elle s'emploie de tout son coeur et qu'elle assume sans difficulté, si ce n'est le fait qu'il faut savoir sortir de cette relation exclusive. Elle raconte : "j'ai la chance d'avoir des parents qui m'aident et consacrent du temps à ma fille. Je ne veux pas leur en demander trop mais j'admets que lorsqu'elle est avec eux, je peux souffler et ne m'occuper que de moi". Elisabeth a aussi fait le choix de travailler à 80%, s'octroyant le vendredi pour souffler et se préparer à une reconversion professionnelle.
Au fond, s'il y a quelque chose qui lui pèse, c'est l'invisibilité des personnes comme elle. "Ma situation de parent isolé est très peu prise en compte", observe-t-elle. "Il s'agit toujours, même ici dans les questions que tu me poses, de parents divorcés, de familles éventuellement recomposées. Ce n'est pas notre cas, à ma fille et moi. Nous ne sommes que toutes les deux. Les familles comme la nôtre sont rares et cela empêche de nous prendre en considération. Nous ne sommes pas visibles et manifestement peu comprises". Elle ajoute : "La difficulté de ma situation en tant que parent isolé
impacte sur tout, absolument tout, et tout le monde, à commencer par ma fille." Pour autant, si elle fait le bilan, la balance est positive : "Je me sens mère à 100%. Je suis à la fois assez
heureuse, mais aussi très insatisfaite et anxieuse des conséquences de notre
situation. Je sais que l’absence du père au quotidien est et sera difficile
pour ma fille, mais je m’emploie à tout faire pour que cela pèse le moins
possible."
Parmi les engagements d'Emmanuel Macron pendant sa campagne, figurait celui d'une évolution législative en matière d'accès à l'aide médicale à la procréation (AMP). C'est dans ce cadre et dans celui de la révision régulière des lois de bioéthique que le Conseil consultatif national d'éthique (CCNE) a organisé 270 débats et rencontres ces derniers mois et rendu, pas plus tard qu'hier, son rapport de synthèse de cette consultation. En matière d'AMP, il affirme que "la demande d’égalité est prépondérante sachant qu’il n’existe pas de critères légitimes pour juger ou disqualifier le désir d'enfant des femmes célibataires et des couples homosexuels". Etant rappelé le droit des femmes à disposer de leur corps.
Le CCNE relève que se sont exprimées des réserves s'agissant de l'accès à l'AMP aux femmes seules, compte tenu de la difficulté qu'il y a à élever un enfant seul et étant occulté le fait que n'importe quelle femme célibataire sans souci de procréation peut tout à fait faire un enfant si tel est son souhait ardent. Mais, pose le CCNE, "il semblait difficile à certains que l'institution médicale soit garante de ce projet parental".
Parmi les opposants à l'AMP pour les femmes seules ou homosexuelles, on trouve évidemment l'argument selon lequel "l’ouverture de l’AMP créerait des inégalités entre les enfants selon qu’ils auront ou non un père". De même que figure cette idée que ce n'est pas parce que des pays européens pratiquent cela que la France doit faire de même.
Curieusement, le rapport de synthèse pointe qu'a peu été évoquée pendant les débats la possibilité d'autoconservation des ovocytes telle qu'elle se pratique par exemple en Espagne. Cette pratique permet aux trentenaires désireuses de repousser leur grossesse de conserver leurs ovocytes par congélation. Une expérience que la journaliste Myriam Levain a connue. Cette femme a en effet fait ce choix : à 35 ans, célibataire et sans enfant, elle s'est rendue en Espagne pour faire congeler ses ovocytes, pour ne pas avoir à prendre le risque de se dire un jour qu'il était trop tard. Peut-être ne décidera-t-elle jamais de faire un enfant mais à tout le moins, elle a assuré ses arrières et s'est ménagé une potentialité de maternité tardive, si la vie le lui permet. Elle raconte cette "aventure" dans "Et toi tu t'y mets quand", paru chez Flammarion il y a quelques semaines.
S'il ne semble pas émaner de consensus clair suite aux consultations de bioéthique, le CCNE relève qu'un distinguo s'opère dans les consciences entre l'AMP à laquelle on accède pour raisons médicales et l'AMP qui relèverait plus du choix de vie des femmes. En d'autres termes, dans le débat tel qu'actuellement posé, les femmes pour lesquelles on envisage l'accès à l'AMP ne sont pas stériles, elles sont simplement soit célibataires, soit homosexuelles. Leur accorder l'accès à l'AMP reviendrait alors à opérer une petite révolution éthique et sociétale. Quoi qu'il en soit, si le législateur devait acter l'ouverture de l'AMP à toutes les femmes, il y a fort à parier que le débat autour des conditions de remboursement par la Sécurité sociale de ces pratiques médicales sera houleux. Une issue qui n'interviendra de toutes façons pas avant mi-2019, selon toutes vraisemblances. En effet, le CCNE va, à partir du rapport rendu hier, rédiger un avis qui devrait être rendu en septembre prochain. Un projet de loi sera ensuite déposé au Parlement à l'automne, lequel devrait voter le texte au cours du premier semestre 2019.
En réponse à la crise survenue dans les rapports entre les sexes faisant suite à l'affaire Weinstein, le sociologue et philosophe français Raphaël Liogier balance : les femmes "n'ont fait que prendre la modernité au mot". Dans "Descente au coeur du mâle", paru aux éditions "Les liens qui libèrent" ce printemps, il explique que le décalage entre les sexes s'est élargi, "entre l'aspiration féminine à vivre et à se donner les moyens de vivre selon les principes modernes d'égalité et de persistance, la crispation, et même la résurgence des comportements masculins qui leur dénient au quotidien cette égalité". En somme, il développe l'idée que si les femmes se sont attachées à faire leurs les principes modernes de nos civilisations, les hommes sont demeurés arc-boutés sur l'idée qu'ils sont depuis la nuit des temps les maîtres en toutes circonstances. L'ambition des femmes heurte de plein fouet la volonté masculine de demeurer dominants.
Dès le paléolithique, remarque-t-il, les hommes se sont arrogés un rôle de toute puissance. Aux femmes la cueillette, aux hommes la chasse. "Elles étaient chargées de la cueillette, écrit le sociologue, activité qui fournissait l'essentiel de la nourriture au groupe, mais qui était déconsidérée. Alors que les mâles partaient chasser, activité hautement valorisée mais plus aléatoire, qui fournissait moins de nourriture. L'apport économique des femmes était supérieur et leur statut pourtant inférieur. Les hommes vivaient donc sur le dos des femmes".
Très vite, la femme devient une possession masculine, "traitée comme un bien meuble". Et les hommes, affirme Raphaël Liogier, ont "une peur panique de la liberté des femmes". Si bien qu'au Moyen-Age, la femme qui dépasse un certain âge sans être ni mariée ni entrée dans les ordres "est automatiquement suspecte d'être sorcière ou possédée par des forces maléfiques". La sorcière n'est pourtant qu'une femme "plus indépendante que les autres".
Raphaël Liogier
Puis, à partir du XIXè siècle, la femme qui effraie est celle dont la sexualité semble anormale. C'est la femme hystérique. "La virginité et la fidélité absolue imposées aux femmes ne sont plus des exigences théologiques mais médicales". "Il n'y aurait pas de bonne soeur hystérique, relève l'auteur, alors que la maladie affecterait à foison les prostituées". Une prise de conscience crée le malaise et amplifie le phénomène : "l'homme ne peut jouir qu'un nombre de fois circonscrit" quand potentiellement, la femme peut jouir sans arrêt, son désir peut ne plus avoir de fin. Sentiment d'infériorité des hommes. "D'où l'excision préventive opérée sur le corps et la conscience des femmes", note Raphaël Liogier qui renvoie à L'école des femmes de Molière selon qui on rend les femmes inoffensives et innocentes par l'ignorance. "Une femme savante serait un monstre".
Plus près de nous, deux points de vue se développent dans les années 1970 qui cherchent à maintenir le rapport dominant-dominé entre les sexes. Le sociobiologiste Edward Wilson considère que les hommes ont vocation à "diffuser la semence qu'ils produisent à profusion". Les femmes ne produisant qu'un ovule par mois se doivent "d'être plus économes de leurs corps". Avec cette façon de penser, "on ne pourrait donc pas vraiment blâmer les hommes d'insister encore et toujours, à toutes occasions. Le harcèlement serait profitable à l'espèce". Mais les années 70, c'est aussi la période de libération sexuelle où les femmes ont manifesté et pris conscience que leur corps leur appartient, de même que leurs désirs et leurs plaisirs. Réponse masculine : l'orgasme féminin est le résultat d'une performance virile. "L'homme se réinvente en maître absolu du plaisir féminin". En somme : ok pour que vous preniez du plaisir mais ce n'est pas possible sans nous, les hommes. "Le désir et le plaisir féminins restent dépendants; l'homme devient le héros de la relation amoureuse". La jouissance féminine devient un instrument de mesure de la virilité. Angoisse dans les rangs masculins, "à laquelle des millions de femmes modernes répondront par la simulation"...
L'égalité entre les sexes passe aussi par la façon dont on s'arroge le droit de faire des remarques sur les tenues vestimentaires des uns / des unes et des autres. De faire des remarques ou de s'attendre à ce que son interlocuteur soit vêtu comme ceci et non comme cela.
Si l'on attend d'un chef d'entreprise qu'il porte costume et cravate, les règles vestimentaires des hommes sont plutôt souples. A l'inverse, on attend toujours des femmes qu'elles soient appêtées et autant que faire se peut, à la mode. Les hommes s'étonnent toujours du nombre de vêtements de leur femme. A la fois, il est attendu des femmes qu'elles soient vêtues différemment chaque jour. Dans le monde de l'entreprise, ces messieurs portent le même costume plusieurs jours d'affilée sans que qui que ce soit ne fasse de remarques, alors que les femmes ont une tenue différente tous les jours.
En même temps, l'étendue des possibles en matière vestimentaire est plus large pour les femmes que pour les hommes. Il y a quelques années, dans l'organe de presse où je travaillais, un collègue s'était fait rappeler à l'ordre parce qu'il venait au bureau en bermuda et tongues. Il avait riposté que nous, les filles, pouvions venir en sandalettes ou tongues et jupe légère et que personne ne trouvait ça anormal. Il revendiquait donc le droit de montrer ses mollets et de faire respirer ses orteils. Pourquoi aurions-nous eu ce droit et pas lui ? Pourquoi était-il admis que les femmes montrent leurs jambes et leurs pieds ?
Mais, si jupes légères il y a, elles ne doivent pas être trop courtes non plus, pour ne pas importuner les garçons qui ne savent pas contrôler leurs pulsions et résister à la tentation, c'est bien connu. Donc plutôt que de les éduquer correctement, on explique aux filles que ce n'est pas bien de tenter le diable. Et on va jusqu'à interdire le port du short pour les filles, à l'école, par exemple.
Cependant ce qui est vrai en France ne l'est pas partout et l'on sent bien le poids de la culture, de l'éducation sur ce sujet. Au Royaume-Uni par exemple, les femmes ne se font pas plus agresser ou importuner qu'ailleurs et pourtant, elles sont très fréquemment court vêtues.Les jeunes filles de la photo ci-dessous partent au lycée. Elles sont en uniforme, une règle qu'elles ont interprêtée à leur sauce, en retroussant manifestement à la taille la jupe de l'uniforme. Peu importe : ici, les garçons sont habitués et ne perdront pas leur faculté de concentration en classe sous prétexte qu'ils voient les cuisses de leur voisine de bureau. Dans ce pays, les filles ont la liberté de s'habiller comme elles le souhaitent, cela fait partie des moeurs et les règles du savoir-vivre ensemble font qu'elles ne se font pas embêter par les garçons pour autant.
Crédit photo : Sonia Gasbarian
Suggérez à trois lycéennes françaises de se rendre habillées ainsi en cours. Si elles osent le faire, il est évident qu'elles subiront toute la journée les assauts des autres élèves - garçons et filles - et se feront rappeler à l'ordre par les enseignants.