jeudi 21 juin 2018

Politique de natalité : propagande, gros sous et crise démographique majeure

L'Asie panse ses plaies. Depuis les années 1960, nombre de pays asiatiques ont été soumis à des politiques drastiques de contrôle des naissances, politiques dont le revers de médaille est aujourd'hui consternant.  Un film documentaire éclairant a été diffusé cette semaine sur Arte : Un monde sans femmes. Si vous l'avez raté, il est disponible en replay ici : www.arte.tv.

Les deux réalisatrices, Antje Christ et Dorothe Dörholt, se basent sur les exemples concrets de l'Inde, de la Corée et de la Chine pour décrire les ravages de politiques financées et orchestrées par des "bienfaiteurs autoproclamés" américains que furent les fondations Ford et Rockefeller et qui, aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, commencèrent à s'inquiéter de la croissance démographique de pays en développement qui, à terme, risquait de menacer la suprématie économique des pays occidentaux. A grand renfort de billets verts, ces "bienfaiteurs" impulsent le contrôle des naissances en Asie et le gouvernement américain n'accepte d'aider financièrement les pays d'Asie qu'à la condition qu'ils réduisent leur population. L'heure est au chantage : soit vous freinez le nombre des naissances, soit on vous coupe les vivres... Une menace à laquelle se soumettra notamment Indira Gandhi : en 1975, son gouvernement force 8 millions de femmes et d'hommes à la stérilisation.

A partir de la fin des années 50, déjà, Sheldon Segal, médecin de la Fondation Ford, fait  entrer clandestinement des stérilets en Inde et les pose sur des femmes à l'insu du gouvernement. Mais des documents révèlent selon les réalisatrices l'utilisation de dispositifs non stériles entraînant des complications chez certaines femmes, voire la mort de certaines d'entre elles. Si bien que les Indiennes acceptent de moins en moins cette méthode de contraception.

A la même époque, en Corée, des préservatifs sont distribués gratuitement, au grand jour et des femmes auxiliaires de santé sont chargées d'enseigner l'utilisation des préservatifs aux hommes. Les services de santé encouragent les femmes à avorter et des films de propagande sont diffusés qui promeuvent "l'idéal des familles à taille réduite".

En 1979, le Fonds des Nations Unies pour la Population ( FNUAP), financé à 40% par les USA, verse la modique somme de 50 millions de dollars à la Chine qui instaure la politique de l'enfant unique. Des moyens de contraception sont distribués gratuitement sur tout le territoire tandis que des cours d'éducation sexuelle sont dispensés sur les lieux de travail. La propagande étatique se met en place et des messages clairs sont diffusés : "après le premier enfant, on te paie un stérilet. Après le second, tu es stérilisée. Si tu as d'autres enfants, tu devras payer une amende." Ou encore : "Tu peux l'arracher de ton ventre, tu peux avorter, mais pas le mettre au monde".

La technique de l'amniocentèse permet alors de déterminer le sexe des foetus et ouvre la voie à l'avortement sélectif. Dans des pays où c'est le fils qui perpétue la lignée et où c'est souvent lui qui doit prendre en charge ses parents lorsqu'ils sont âgés, l'équation devient évidente : lorsqu'elles sont enceintes de filles, les femmes avortent. Le contrôle des naissances bat son plein : il y a moins de naissances, moins de filles et ce faisant, moins de mères à venir. 

Par ricochets, c'est toute la stabilité démographique de ces pays qui se trouve chamboulée. Aujourd'hui, dans certaines provinces chinoises, on compte 135 naissances de garçons pour 100 naissances de filles. En Inde, dans certaines régions, le ratio est de 120 garçons pour 100 filles. Des statistiques qui expliquent les conséquences violentes qui remplissent les colonnes des faits divers : les Indiens célibataires développent des addictions (alcool, etc) et l'on dénombre de plus en plus de viols. En Chine, on kidnappe des petites filles, on les vend et elles grandissent dans des familles qui les destinent à épouser leur fils. Pas moins de 30 millions d'hommes seraient célibataires en Chine actuellement et on estime qu'un garçon sur 5 qui naît en Chine aujourd'hui ne trouvera jamais de femme.

Les gouvernements de ces pays tentent de renverser la vapeur mais le mal est fait. Il manque aujourd'hui 177 millions de filles et on dénombre au moins 19 pays où le ratio garçons/filles à la naissance est déséquilibré, selon la politologue américaine Valérie Hudson. La Corée du sud, qui en 50 ans a fait passer le nombre d'enfants par femme de 6 à 1, a fait le choix d'interdire l'avortement et la Chine encourage désormais au deuxième enfant, tout en promouvant l'importance des filles. "Pas de filles signifie pas de belles-filles", peut-on lire aujourd'hui. Ou encore : "les filles ont autant de valeur que les garçons. Elles aussi assurent la descendance".
La démographie de ces pays va rester durablement marquée par ces politiques très dures menées tambours battant pendant plusieurs décennies. Pourtant, les réalisatrices considèrent que les enseignements n'ont pas été tirés de ces "expériences" et assurent que le Fonds des Nations Unies pour la Population continue de consacrer 60% de son budget, encore aujourd'hui, au contrôle des naissances.


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